Vous vous êtes peut-être déjà retrouvé(e) face à un concept ou un métier dont les contours vous semblaient difficile à définir. La facilitation rentre dans cette catégorie, notamment lorsqu’on se concentre sur ses applications au sein de la conception de produits informatiques.
Si vous prenez le temps de parcours les ressources disponibles sur Internet, comme cet article issu d’un site ministériel, vous trouverez surtout des descriptions de la facilitation comme étant un rôle se contentant (plus ou moins) d’animer et d’organiser des réunions. Hors, après des discussions avec d’autres personnes dans le monde du développement logiciel, il apparaît que ce rôle peut incorporer beaucoup plus de nuances, et surtout que les visions diffèrent d’une personne à l’autre. Tour à tour, la facilitation est rapprochée du rôle de Scrum Master, ou de la chefferie de projet.
Nous avons donc choisi d’interroger notre entourage professionnel afin d’avoir plus de recul envers la notion de facilitation et compléter le tableau des missions qui peuvent y être rattachées. L’objectif étant d’aider les personnes à y voir plus clair, qu’il s’agisse des personnes exerçant un rôle de facilitation (afin d’avoir un cadre dans lequel évoluer), leurs interlocuteurs et interlocutrices (afin qu’ils et elles sachent de quoi le sujet retourne) mais aussi leurs clients et responsables (afin que le métier bénéficie d’une vraie reconnaissance et que son utilité soit plus largement partagée).
Pour ce faire, nous avons élaboré un questionnaire (que vous pouvez toujours trouver ici), que nous avons partagé à nos réseaux. Nous avons reçu une quarantaine de réponses, dont nous allons détailler la teneur plus loin, mais surtout, vous aurez bien compris que cet échantillon est tout sauf représentatif. L’objectif n’était pas d’interroger toutes les personnes travaillant dans le développement logiciel mais simplement d’alimenter notre réflexion.
Avant toute chose, et au-delà de tout débat autour de la définition de la facilitation, il est intéressant de noter que parmi les personnes qui ont répondu à cette étude, les deux tiers estiment avoir déjà mené une mission de facilitation.

Pour autant, les visions de la facilitation sont très différentes. Pour s’en rendre compte, nous avons demandé aux personnes répondant au questionnaire de nous indiquer à quel point la facilitation se rapprochait d’autres responsabilités : Scrum Mastering, Coaching agile et chefferie de projet transverses (nous avons choisi ces rôles dans la mesure où ce sont ceux qui nous semblaient les plus approchants parmi nos métier du développement logiciels). Et le constat est clair : les visions vont du tout au tout pour l’ensemble des rôles.

Pour les trois rôles, on trouve aussi des personnes qui considèrent que les métiers sont les mêmes que d’autres qui considèrent que ça n’a rien à voir (et en proportions comparables). Pour autant, on note tout de même que le lien entre la facilitation est plus fort avec le scrum mastering et le coaching agile (environ 45% des réponses considèrent que les rôles sont liés ou identiques) qu’avec la chefferie de projet transverse (30% des réponses).
Ces disparités sont intéressantes, notamment venant d’un public ayant majoritairement déjà effectué ce type de missions. On donc en droit de s’interroger : qu’en serait-il si les chiffres étaient inversés avec une majorité de personne n’ayant jamais fait de facilitation ?
Lorsque l’on demande de donner le premier mot qui vient à l’esprit lorsque l’on mentionne la facilitation, les termes les plus fréquents tournent autour de la fluidité, de la simplification, de l’intelligence collective ou encore de l’accompagnement. En rentrant dans le détail des réponses, on remarque également que la tendance donne plutôt à la facilitation un rôle « ponctuel » dans le sens où la personne appelée à faciliter est plutôt sollicitée pour résoudre un problème à l’instant T ou en tout cas, sur du court / moyen terme. Lorsqu’on demande aux répondants quel lien il existe selon eux entre la facilitation et les autres rôles mentionnés plus haut, la plupart des réponse indiquent que la facilitation est plutôt un outil à disposition de ces rôles, qui s’en servent de façon différente en fonction de leurs attributions et de leurs objectifs respectifs. Ce constat est corroboré par le fait que bien deux tiers des répondants estiment avoir déjà rempli une mission de facilitation, aucune d’entre elle ne se déclare comme facilitateur ou facilitatrice lorsqu’il est question d’indiquer le rôle occupé.
Ces éléments tirés de cette étude sont très intéressants car ils remettent en question la vision que nous avions chez Ekité. Souhaitant nous écarter du terme de Scrum Master qui désigne théoriquement uniquement des personnes exerçant ce rôle au sein d’une organisation fonctionnant avec le framework Scrum, ce qui est loin d’être le cas de l’ensemble de l’écosystème du développement logiciel, nous avions trouvé dans la dénomination de « Faciltateur/Facilitatrice » un compromis intéressant pour désigner une personne ayant un rôle difficile à faire rentrer dans les cases, mais dont les compétences incluent la capacité d’animer des ateliers, d’identifier les problèmes d’une organisation ainsi que de les traiter (liste non exhaustive). De fait, il semblerait que notre vision ne soit pas alignée avec celle de certaines personnes composant notre environnement. La question qui se pose est donc la suivante : la facilitation mérite-t-elle qu’on la mette en avant afin d’en faire un vrai métier, admis en tant que tel, ou est-ce à nous de revoir notre copie et de trouver ou créer une nouvelle terminologie qui corresponde totalement à notre définition.
Il serait intéressant de pousser cette étude plus loin en interrogeant un plus grand nombre de personnes, d’horizons différents afin d’avoir un panel représentatif de notre domaine d’expertise et de pouvoir tirer des conclusions plus étayées sur ce sujet.
Qu’en pensent les facilitateurs chez Ekité (malheureusement, nous n’avons pas de facilitatrice dans nos effectifs à l’heure actuelle) ?
Romain Vermeeren, facilitateur chez Adeo
La vocation d’un facilitateur est d’aider un groupe à travailler plus efficacement pour atteindre un objectif commun. Son rôle est de faciliter les échanges, la communication et la collaboration. Il s’assure également que les gens sont autonomes pour atteindre leurs engagements. Il réunit les informations et propositions de chacun pour aider à la prise de décision mais n’a pas vocation à décider. Il doit avoir un bon relationnel, une capacité à appréhender des problématiques variées et être capable de donner du sens. Le facilitateur doit être juste et impartial afin de gagner et garder la confiance des équipes.
Julien Stordeur, ancien facilitateur chez Leroy Merlin France
De mon expérience, la facilitation n’est un poste à part entière en entreprise mais un rôle éphémère sur un contexte particulier: un projet, un programme, un événement, … Ce rôle est souvent indispensable dans les écosystèmes complexes, multi produits, multi équipes sur des sujets transverses.
L’objectif du facilitateur est de tout mettre en œuvre pour que le projet se déroule correctement.
Le facilitateur doit avoir un bon leadership pour embarquer les équipes et donner du sens à ce qui va être fait mais il est indispensable qu’il ait un appui de la direction qui doit légitimiser son rôle dans l’organisation.
Au delà du leadership, voici les compétences primordiales selon moi pour un facilitateur:
- Avoir un très bon relationnel puisqu’il sera amené à échanger avec des personnes aux profils très différents
- Une force de persuasion pour venir à bout des difficultés les plus ardues
- Une bonne adaptabilité pour venir compenser les manques organisationnels
Finalement pour moi, le facilitateur est un véritable couteau suisse qui devient vite indispensable pour réaliser dans les meilleures conditions des projets complexes.
Martin Sojka, facilitateur chez SNCF Réseau
Pour moi, la facilitation est un rôle très fluide, qui dépend des contextes et qui implique d’être en mesure de s’adapter très rapidement. Je vois ma mission actuelle comme un bac à sable dans lequel je viens intervenir pour prendre en charge tout ce pour quoi personne n’est désigné ou disponible à l’instant T. Ça peut aller de l’animation d’une communauté à la gestion d’un parc de terminaux mobiles de développement, en passant par du Product Ownership sur des périmètres de dimension intermédiaire. Avoir cette variété, c’est ce qui m’intéresse et m’anime au quotidien.
Extraits de verbatim issus de l’étude
Un rôle de facilitation extérieur aide à avoir de la neutralité et en même temps, il peut être éloigné de la réalité opérationnelle. Il faut garder une part d’observation et une part de facilitation concrète.
La facilitation est un métier qui ne devrait pas exister, mais pour autant il peut devenir indispensable dans certaines entreprises
La facilitation consiste globalement à optimiser les connexions/la communication entre les différentes parties prenantes d’un projet ou d’un produit pour améliorer la circulation de l’information et faciliter la prise de décision
Tout dépend de l’intention derrière la facilitation. Un facilitateur n’est pas un producteur mais il peut être pro-actif lorsque nécessaire.