Et si on mêlait éthologie et conduite de projet ? L’entreprise est l’aboutissement d’une réflexion complexe et collaborative que l’espèce humaine a mise en place sur le long terme.
Mais avons-nous vraiment réinventé la roue ? Sommes-nous si uniques dans notre accomplissement ?
L’éthologie est la science des comportements des espèces animales dans leur milieu naturel. Les recherches que nous avons effectuées prouvent que nous ne sommes pas si différents des animaux dans nos façons de collaborer. Nous sommes 3 passionnés et curieux exerçant un métier qui gravite autour du développement de solutions informatiques. Nous avons souhaité prendre un temps de réflexion pour parcourir ce que les êtres vivants réalisent autour de nous et, pourquoi pas, nous en inspirer ! Romain, facilitateur de projets, Aude, designer de services, Caroline, product owner. Chacun de nous a étudié une espèce et ses comportements pour vous proposer quelques astuces simples inspirées par la nature. Ces 3 espèces d’animaux vont vous surprendre par leurs comportements innovants et leur ingéniosité !
Les corvidés
Le cerveau des oiseaux est petit mais puissant !
Un singe, qui sera en général plus imposant qu’un oiseau, possèdera moins de neurones !

Leurs capacités sont exceptionnelles dans certains domaines … Par exemple, le casse-noix d’Amérique est le champion de la mémoire. Il est connu pour se constituer des réserves de nourriture et être capable de se souvenir de la position de milliers de graines éparpillées sur un large territoire pendant plus de 6 mois /1 an ! Un vrai expert de la mémoire spatiale !
L’évaluation scientifique place les corvidés au sommet de l’échelle de l’intelligence dans le monde aviaire. Le plus brillant de la famille? La corneille noire, une Européenne qui a affiché 31 comportements innovants !
Itérations et rétrospectives chez les merles
Certains oiseaux, tels que les merles, moineaux ou encore les pies, sont connus pour leur capacité à améliorer continuellement la construction de leurs nids. Ils sont capables à chaque nouvelle construction, de tirer des enseignements et tenir compte de leurs erreurs passées sur les précédentes constructions. Il s’agit d’une forme d’amélioration continue basée sur l’expérience.
Ils ont également la capacité de tester et éprouver de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques de construction. Le merle observera le résultat de l’expérimentation réalisée avec le nouveau matériau et pourra en tirer des enseignements. Ensuite il réutilisera, ou non, la technique ou le matériau éprouvé pour sa future construction. C’est une exploration de nouvelles approches qui s’apparente à nos principes d’amélioration continue.
💡 L’astuce de Caro :
Tester et itérer c’est vraiment très chouette ! Tester de nouvelles hypothèses ce n’est pas perdre son temps.
Tester souvent c’est s’assurer une amélioration !
Ces oiseaux qui n’ont pas peur de repartir sur des bases saines
Le nid est un essentiel pour nos amis oiseaux qui leur permet de créer une progéniture, couver les œufs et élever les petits. C’est un travail complexe, de tissage et/ou de maçonnerie qui demandera beaucoup d’énergie et d’implication en groupe ou en solo. Pourtant certains oiseaux ne réutilisent jamais le même nid ou l’abandonnent après la nichée. Plusieurs facteurs vont venir les persuader de repartir de zéro ; un nid devenu pouponnière à parasites, un endroit devenu trop dangereux et exposé aux prédateurs. Pour repartir sur de bonnes bases, les oiseaux sont capables d’abandonner leur dernière œuvre d’art.
Soyons aussi Agiles que les merles et n’hésitons pas à abandonner un projet complexe pour repartir sur de bonnes bases. Soyez prêts à foutre un grand coup de pied dans la fourmilière !
💡 L’astuce de Caro :
Ne faites pas l’autruche si la solution n’est pas adaptée.
Repartir de zéro est parfois le moyen le plus rapide d’atteindre ses objectifs !
Les fourmis
Parmi l’ensemble des espèces qui nous entourent, une autre attire régulièrement notre attention et fait l’objet de nombreuses études: les fourmis. Par sa nature très différente de la notre, il est étonnant d’observer chez la fourmi des comportements intelligents que l’on pensait réservés à notre espèce.
Ces insectes sont une source d’inspiration en termes d’organisation et les parallèles sont nombreux avec notre travail en entreprise.
Les espèces ont, comme pour nos entreprises, des stratégies différentes pour des environnements variés et des tailles de colonies diverses (de 30 individus à plusieurs millions).
L’apprentissage et la montée en compétence
La fourmi avant d’être un collectif est un individu. Les fourmis de la région de Séville se déploient de façon unitaire pour couvrir un maximum de surface et trouver de la nourriture. Par ses souvenirs visuels ou l’orientation du soleil et des étoiles, la fourmi peut accomplir des tâches en totale autonomie et s’orienter sans aide. Il est constaté que plus celle-ci réalise le même type de tâche et plus elle gagne en expérience, se spécialise et appréhende plus efficacement les situations.
Grâce à une piste chimique, la fourmi documente les chemins empruntés et permet au collectif de toujours utiliser le chemin le plus court. Ces réseaux de pistes pouvant couvrir plusieurs hectares de forêt ont permis de tirer des algorithmes d’optimisation que ce soit pour les trajets commerciaux, pour les réseaux de communication ou encore pour optimiser les réseaux de neurones des intelligences artificielles (deep learning).
Une fourmi expérimentée peut facilement évaluer le temps de documentation et d’analyse optimal d’un lieu selon la valeur que l’on peut en tirer. Plus le nombre d’aller-retour nécessaires est important pour récupérer la nourriture et plus elle passera de temps à cartographier le lieu. De là à parler de priorisation par la valeur et de ROI il n’y a qu’un pas.
💡 L’astuce de Romain :
Capitalisez régulièrement sur le travail réalisé, c’est un raccourci pour le reste des équipes, dans le présent comme pour le futur.
N’investissez pas trop de temps sur un sujet ayant peu de valeur ajoutée.
Le travail en commun et la gestion du personnel
Lorsque la collaboration devient indispensable, les fourmis impressionnent par leur capacité à s’unir. Les fourmis de feu sont une des espèces les plus efficaces quand il s’agit de travailler à plusieurs face à une situation d’urgence.
Un des exemples les plus parlant est celui de la construction de radeaux: lorsque le niveau de l’eau monte, les fourmis évacuent les nids, rassemblent la progéniture et se lient les unes aux autres. Elles ne se contentent pas de protéger les larves, éléments les plus importants mais vont jusqu’ à utiliser ces dernières comme flotteurs pour optimiser la survie de tous. Pas de sacrifice inutile mais une optimisation de la construction.
Des expériences ont permis de prouver que si l’on provoque plusieurs fois la même inondation, les fourmis améliorent et optimisent le radeau.
En termes de rôle et responsabilité, dans les situations nécessitant l’implication de tous, chaque fourmi a son expertise et remplira la tâche pour laquelle elle est destinée. On ne refile pas son boulot au collègue chez les fourmis.
Mais il existe également des individus non productifs, de réserve, qui entreront en action sur n’importe quel périmètre lorsque la situation le demande. Moins efficaces, n’ayant pas d’expertise, mais pouvant remplir tous les rôles.
Par contre ce qui est moins connu c’est que l’on peut retrouver des abandons de postes au sein de la fourmilière. Certains individus vont prendre des libertés telles que le fait de pondre, travail exclusivement réservé à la reine. Ce genre de situation, où l’individu décide de se désaligner de la stratégie commune, entraine des conflits au sein de la fourmilière et est vite réprimé. Il serait intéressant de savoir si ce comportement dépend du niveau d’expertise. Autre fait important, la reine n’est pas considérée comme au-dessus hiérarchiquement, elle a juste un rôle unique de reproduction.
💡 L’astuce de Romain :
Chaque profil et chaque niveau d’expertise répond à un besoin différent dans des situations variées. Sachez définir une stratégie d’entreprise qui bénéficie des qualités de chacun. Ne cherchez pas une entreprise composée d’experts mono-tâches.
Et si l’on décide de s’éloigner du parallèle avec nos entreprises, il ne faut pas aller très loin pour trouver d’autres inspirations pour améliorer notre quotidien: vous pouvez mettre autant de fourmis que vous voulez sur un même chemin, il n’y aura jamais d’embouteillage.
Les hyènes
Les hyènes sont des créatures fascinantes, à la fois redoutées et mal comprises.
L’entraide est un aspect crucial des comportements des hyènes et des êtres humains. Elle favorise la survie, renforce les liens sociaux et contribue à la résilience des groupes dans des environnements parfois difficiles.
L’entraide rime aussi avec transmission. Les hyènes, en particulier les jeunes, apprennent souvent en observant et en imitant les membres plus âgés et plus expérimentés de leur groupe. Ce type d’entraide et d’apprentissage social est également courant chez les humains, où les connaissances et les compétences sont transmises de génération en génération au sein de la famille, de la communauté et de la société dans son ensemble.
Priorisation par système de vote
Les hyènes prennent des décisions collectives par un système de vote informel et basé sur des interactions sociales, des hiérarchies sociales et des compromis au sein du groupe plutôt que sur un processus formel de vote tel qu’on le comprend chez les humains.
Par exemple, lorsqu’un groupe de hyènes décide de chasser, elles peuvent communiquer entre elles pour choisir une proie et élaborer une stratégie de chasse. Les hyènes qui expriment le plus d’enthousiasme ou de conviction peuvent influencer les autres membres à les suivre.
Autre exemple : les lycaons africains décident de rester ou de partir d’un territoire en votant. Ils ne votent pas en votant, ni en levant la main (patte ?), mais en utilisant un son, une expiration brusque, un peu comme un éternuement. Le nombre de voix nécessaires pour décider d’y aller dépend de celui qui commence à éternuer. Si un individu dominant éternue en premier, il suffit alors de quelques éternuements supplémentaires de la part du reste des lycaons pour que le groupe se rallie et parte. Si un individu différent (non dominant) éternue en premier, le groupe peut toujours décider de partir, mais il faudra beaucoup plus d’éternuements de la part des autres membres du groupe pour que cela se produise.
💡 L’astuce de Aude :
Ne subissez pas les décisions, soyez moteur ! Embarquez les gens avec vous.
Un travail collaboratif permet de connaitre les besoins et priorités de chaque partie prenante d’un projet d’où découle une compréhension et une vision globale.
Cette prise de recul permet de faciliter la priorisation de ses propres actions et d’autres pans du projet.
Langage complexe et CNV (Communication Non Violente)
Les hyènes utilisent une gamme de vocalisations, de postures corporelles et de gestes pour communiquer entre elles. La communication des hyènes est souvent complexe et subtile, permettant aux individus de coordonner leurs actions lors de la chasse, de résoudre les conflits sociaux et de maintenir la cohésion du groupe. Nous pouvons clairement faire le pont avec la CNV (Communication Non Violente) chez l’être humain. Ces principes incluent l’observation neutre des faits, l’expression de sentiments authentiques, la clarification des besoins sous-jacents et la formulation d’une demande claire et réalisable.
Ces deux communications impliquent la transmission d’informations importantes pour maintenir des relations harmonieuses et fonctionnelles au sein d’un groupe. Cependant, la CNV chez les humains va au-delà de la simple communication verbale pour inclure également la conscience émotionnelle et la prise de perspective empathique, des aspects qui sont moins évidents dans la communication des hyènes.
💡 L’astuce de Aude :
L’écoute ! Ouvrez grand vos oreilles.
Il n’est pas question ici de les laisser trainer ou de les coller au mur. Et si vous souhaitez avoir une information, posez des questions plutôt, cela évite de tomber dans de l’interprétation qui peut être délétère au sein des organisations.
Les animaux ont aujourd’hui des organisations qui fonctionnent depuis des millénaires et n’ont plus rien à prouver. Notre travail et les astuces qui en découlent nous ont paru presque évidents et pourtant si essentiels. L’humain a tendance à définir des process complexes mais la meilleure solution pour s’améliorer n’est-elle pas de revenir aux basiques ?
Réfléchissons « comme des bêtes » et simplifions-nous la vie !
Liens :
Les oiseaux ont plus de neurones que les primates, Futura Sciences
En quoi notre cerveau est-il différent de celui des animaux ? Cortex Mag
Les comportements collectifs collectifs des insectes sociaux, Pour la science.fr
L’intelligence individuelle et collective des fourmis, Radio France
Le Radeau de la fourmi, Pour la science.fr
Comment les fourmis forment des tours, Pour la science.fr

