Cet article est le troisième de la série Shape Up (3/3).
Vous avez peut-être manqué les articles précédents Rencontre avec la Scrum Master et PO (1/3). Qu’en pense le tech lead (2/3).
Rencontre 3 : le point avec le business leader
Aujourd’hui nous avons la chance de passer un peu de temps avec une personne qui n’en a pas beaucoup : Jean Pascal, 10 ans de maison chez Adeo, business leader et « boss » de l’équipe que nous suivons depuis plusieurs.
Il revient sur son passé d’agiliste, nous donne des infos exclusives sur la genèse de la transition vers Shape Up et dresse un bilan, de son point de vue, de la mise en place de cette méthode.
Contexte : Le rôle de Jean-Pascal sur le projet
Chez Adeo (maison-mère de Leroy Merlin) depuis 10 ans, Jean-Pascal est BPL (Business Product Leader) : un rôle qui est souvent lié au DPL (Digital Product Leader).
Néanmoins, il assure quasi intégralement les 2 rôles grâce à un background technique combiné à une profonde connaissance de l’entreprise.
Étant moi-même prestataire chez Adeo, je peux décrire ces 2 rôles comme ceci :
- BPL : quels sont les besoins des utilisateurs et les fonctions métiers ?
Ex. : un utilisateur veut pouvoir annuler un inventaire alors qu’il est déjà commencé. Est-ce que ça s’inscrit dans le process cible ? Creuser le sujet.
- DPL : est-ce que la fonction est techniquement réalisable et comment la réaliser ?
Ex. : ajouter cette fonction dans l’application est faisable mais comment partager cette information aux autres applications ? Quelles données envoyer ? Est-ce que c’est faisable chez eux ? Est-ce que ça casse quelque chose ?
Habituée à des cycles en V plus classiques, l’agilité est une méthode de gestion de projet que JP pratique depuis 4 ans, sa plus grande expérience étant le Scrum.
Au moment où Perrine lui en parle il n’a jamais entendu parler de Shape Up, la découverte est totale.
Shape Up : une solution qui semble adaptée à une problématique
Ça ne peut plus durer ! L’organisation Scrum n’est plus adaptée à notre projet. Face à nos interconnexions et nombreuses dépendances, 2 semaines c’est trop court, il faut trouver une autre organisation.
C’est en réponse à cette problématique que Shape Up a été présentée par Perrine, la scrum master du projet. Cette organisation, qui présente des sprints plus longs (appelés cycles), semble répondre à la problématique.
C’est en accord avec toute l’équipe que cette méthodologie « Shape Up » a été mise en place !
Le bilan du Shape Up, selon JP
✅ POSITIF | ❌ PAS FOU FOU |
Tout le monde, même les développeurs, parle le même langage : le métier. | L’année passe très vite. Avec des cycles de 2 mois il n’y a que 6 cycles dans l’année, tout retard ajoute plus de stress. |
Possibilité de couvrir une fonction complète et pas une micro tâches. | Certains membres de l’équipe qui ne sont pas liés au business (ex. : devops) ne se sentent pas intégrés dans Shape Up. |
Donner plus de sens, une vision plus globale. | N’a pas drastiquement amélioré la communication avec les autres équipes. |
Une gestion de la dette via un temps qui lui est destiné. |
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Aucun problème pour travailler en cycles de 8 semaines avec des équipes en sprints de 2 semaines. |
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Retour d’expérience et conseil
Jean-Pascal est content d’être passé en Shape Up mais est-ce adapté à votre projet ? Voici ses retours.
Le Shape Up est adapté quand :
- il n’y a pas de deadline courte ;
- on est en phase de build d’une application.
Il n’est pas adapté quand :
- on veut déployer des fonctions rapidement ;
- on souhaite obtenir des retours rapides des utilisateurs ;
- on est dans une phase de déploiement ou de run.
🧐Mon analyse
Changer pour changer n’est pas une solution.
Par contre, changer pour résoudre une problématique, ça c’est top ! C’est exactement ce à quoi la méthodologie Shape Up a servi et je trouve ça génial. Et courageux aussi ! Bouleverser toute une organisation aussi drastiquement n’est pas une mince affaire et l’équipe s’est adaptée avec brio.
Certes, tout n’est pas rose :
- certains aspects de la méthodologie Shape Up ne sont pas utilisés (la notion d’appétit par exemple) ;
- certaines problématiques, notamment la synchronisation avec d’autres équipes, n’ont pas été résolues ;
- même le retour au Scrum est sur la table !
Mais ils y sont allés à fond !
Ils ont vraiment testé, ils ont modifié tous leurs rituels, leurs tickets, leur organisation et en tant que PO je sais tout le travail que cela représente pour chaque membre de l’équipe.
Comme l’a si bien dit JP, Shape Up permettait de résoudre un problème dans un contexte ou livrer de la valeur rapidement n’avait pas de sens.
Le fait que le Scrum soit de retour sur la table et que l’équipe puisse, peut-être, repasser dans ce mode de fonctionnement n’est pas un échec. Tout comme Shape Up a été une solution, le Scrum l’est tout autant dans le contexte dans lequel avoir des cycles plus courts a vraiment du sens.
C’est pour moi un parfait exemple d’agilité et de maturité : savoir s’adapter face aux changements.
Certains diront peut-être qu’ils ont perdu du temps à gérer tous ces changements.
Je dirais qu’ils ont investi du temps pour devenir bien plus résilients, matures et agiles.